Promenade sur l'autre rive du Canal

Promenade proposée par Alain Roy

 

 

 

 

On n’y va jamais ou presque, le bruit de la circulation est trop décourageant. Avec des écouteurs diffusant une musique apaisante vous pourrez profiter du canal, très joli en automne, de ses canards et de ses berges pleines de surprises si on cherche un peu.

 

 

 

 

La passerelle Négreneys

 

Document, signé par Honoré Serres en 1892
Document, signé par Honoré Serres en 1892

 

Abandonnez la rive gauche bruyante et inhospitalière.

Pensez à Honoré Serres en empruntant la jolie passerelle : adjoint au Maire Ournac qu’il remplace avant la fin de l’année 1892, il a signé, fin janvier, avec la compagnie du Canal du Midi l’accord pour établir une passerelle métallique à la rencontre des axes des rues de Saint-Honest et de la petite rue de la Poudrière (maintenant rue du Printemps). Cette passerelle métallique sera démontée en 1958 et remplacée par une passerelle en béton qui conserve les lignes harmonieuses de la précédente mais n’est pas vraiment confortable pour les usagers piétons, surtout ceux conduisant une poussette .

 

 

 

Grand Matabiau - Quai d’Oc


De la passerelle nous voyons une partie des zones réservées pour le projet urbain TESO (rebaptisé récemment, pourquoi ?) Ce projet prévoit la construction de 300 000 m² de bureaux, 50 000 m² de commerces, et environ 2000 logements. Les normes habituelles d’occupation, modulées par le plan de déplacement urbain, laissent craindre 50 000 véhicules de plus sur les berges à l’horizon 2030 -berges qui en voient déjà passer 50 000 aujourd’hui. Il faudra revoir la programmation comme disent les promoteurs, et/ou améliorer les performances des écouteurs pour se protéger les oreilles... En attendant la révision du projet, Vinci construit un immeuble d’une douzaine d’étages dans le style de ceux qui existent déjà. « Hédoniste » est son nom commercial, bien que le bruit et la pollution ne fassent pas partie des plaisirs espérés.

 

 

Photo prise depuis la passerelle du Raisin
Photo prise depuis la passerelle du Raisin

 

 

 

 

Une large allée pour cheminer


En descendant sur l’autre rive, les piétons et les cyclistes ont droit à une belle allée qui longe le canal, doublée d’un trottoir en bordure du couloir de bus. Beaucoup mieux que sur l’autre rive...

C’est l’histoire du lieu qui peut expliquer cet espace inhabituel : tournons à droite vers Matabiau ; une pancarte nous permet de comprendre que pour charger les péniches qui naviguaient sur le canal, on a eu besoin de faire un quai en 1911. Un anneau d’amarrage subsiste parmi les pavés. On a dû aussi poser des rails sur le quai pour guider les grues de chargement, entre les péniches et la compagnie des Magasins Généraux et celle des mines de Carmaux.

Les gares


Le tram reliait Villemur à Toulouse - gare de Bonnefoy. Cette gare se trouvait presque en face de la passerelle Négreneys. La ligne a été prolongée vers l’amont pour rejoindre le pont Matabiau, porte entre faubourg et ville. Et c’est ainsi qu’est née, à côté de la maison éclusière, la gare du Pont Matabiau.


Le pont Matabiau


Il  fait partie des ponts construits dès le creusement du canal à la fin du 17e siècle... Dans la 1ère moitié du 19e siècle, le tablier est élargi à l'amont du pont. Un second élargissement a lieu à l'aval à partir de mai 1963. En amont, le trottoir en encorbellement reposant sur des corbeaux de pierre, a été conservé.
(https://www.urban-hist.toulouse.fr/uhplus/?context=7nWg).

 

Sous le pont, l’écluse subsiste sans ses portes, elle n’a plus d’utilité car l’écluse Bayard, en amont, a été creusée pour compenser les différences de niveau entre les deux biefs.
La maison éclusière a été réparée récemment pour devenir un restaurant-buvette. L’ancienne gare du Pont Matabiau abrite en ce moment un atelier de la Maison du vélo, également locataire de la maison éclusière Bayard.

 

Tram ou  petit train


Mis en service en 1912 par la Compagnie du Sud-ouest, le petit train a disparu en 1937. La ligne était très accidentée jusqu’à Villemur, la vitesse très faible, les incidents nombreux et le déficit important.
De façon générale, les tramways de Toulouse n’avaient pas bonne réputation. Paul Guth, habitant alors notre quartier, racontait  : Figurez-vous des espèces de véhicules mérovingiens propulsés par des coups de reins, coupés d’arrêts brusques. A certaines heures, il y avait des grappes humaines accrochées aux marchepieds et aux tampons, à tel point que je m’étonnais de ne pas sentir sous les roues l’épaisseur molle d’un ou deux cadavres. (La Dépêche, décembre 1956)

 

 

Dessin de Savignol paru dans le Cri de Toulouse en novembre 1920
Dessin de Savignol paru dans le Cri de Toulouse en novembre 1920

 

Le Cri de Toulouse : des sarcasmes centenaires


Marius Bergé, directeur de l’hebdomadaire satirique Le Cri de Toulouse, raconte dans sa chronique en novembre 1920  son voyage d’études sur les lignes du Sud-Ouest  au titre d’élu soucieux de s’instruire.
En préambule il ajoute : Je ne faisais pas partie de la Haute Assemblée lorsqu’on s’y est occupé de cette inénarrable Compagnie de chemins de fer dont les trains asthmatiques sillonnent nos plus belles routes et y sèment une légitime terreur parmi les bêtes et les gens.
Désireux de faire un petit voyage, et après un premier échec à la gare du train pour Revel, il se voit conseiller par le chef de gare d’aller à la gare de Villemur :
 - Peut-être trouverez-vous quelque chose de ce côté ?
J’ai pensé de faire comme il me disait et me voilà parti en direction des Minimes en longeant le canal tout le temps. À chaque pescofi que je rencontrais,  je demandais s’il pouvait m’indiquer la gare de Villemur.
- Tout droit devant vous, me répondaient invariablement ces braves gens.
J’ai marché comme ça pendant près d’une heure ; finalement après avoir dépassé les Magasins Généraux, j’ai aperçu une espèce de bâtisse recouverte de tuiles rouges. Je me suis dit, ce doit être là. C’était là en effet. Mais j’ai eu beau faire quatre ou cinq fois le tour de la bicoque, je n’ai trouvé aucune porte ouverte.
J’ai frappé, personne ne m’a répondu.
En désespoir de cause je suis allé chez une voisine et je lui ai demandé s’il y avait un chef de gare ?
- Parfaitement m’a t’elle répondu, mais aujourd’hui, il est de repos hebdomadaire.
- Alors sur le Sud-Ouest quand les chefs de gare sont de repos, les gares sont fermées ?
- Naturellement.
- Comment fait-on pour prendre des billets ?
- On fait comme on peut. Je crois que le chef de train vous les donne en cours de route.
- Et pour les marchandises ?
- Ben… on attend que le repos du chef de gare soit fini.
- Enfin Madame, je vous remercie bien, excusez-moi…
- De rien, Monsieur, de rien, c’est avec plaisir au contraire.
- Au fait, avant de vous quitter, pourriez-vous me dire s’il y a un train aujourd’hui pour Villemur ?
- Des fois il y en a, des fois il n’y en a pas… Vous savez, ce n’est pas très régulier. Tout ce que je puis vous dire c’est qu’il en est parti un hier matin et qu’on ne sait pas ce qu’il est devenu.
- Il n’est pas à Villemur ?
- S’il y était on le saurait ; précisément on a téléphoné de là-bas toute la soirée pour demander comment il se faisait que le train n’arrivait pas - Enfin il est bien quelque part ?
- Évidemment ; il doit essayer de monter une côte sans pouvoir y arriver, à moins qu’il ne soit par là dans quelque fossé…
- S’il y avait eu un accident on l’aurait dit ?…
- Autrefois en effet quand il arrivait quelque chose ça se disait. Maintenant il arrive tellement de choses que ça ne se dit plus.

Cité par https://villemur-historique.fr/2019/08/13/1912-le-petit-train-de-toulouse-a-villemur/#!prettyPhoto

Ah que l'automne est doux sans le trafic automobile ...
Ah que l'automne est doux sans le trafic automobile ...

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